26.12.2006
Céleste Garnier, épisode 3
Chapitre 2
Quelques jours plus tard, le rendez-vous avec Paul était fixé. Ivre de joie, je prévins mes proches mais ça se révéla être une mauvaise idée. A peine prononçais-je le nom de Fashion que tout un tas de conseils contradictoires sortaient de la bouche de mon interlocuteur « Fashion ? Mais tu as intérêt à être super bien sapée pour l’entretien, ils vont pas te rater sur ça ! Mais pas trop quand même, il ne faut pas trop attirer l’attention dessus, que tu fasses pas trop pétasse, tu vois ? ». La première fois que j’avais cherché un emploi, mes amis me parlaient toujours de l’entretien, ce qu’il fallait dire ou pas, ce qu’il fallait faire ou non. Mais dans le cas de Fashion, le fond ne comptait plus, seule la forme semblait les intéresser.
Comme toujours, ma mère décrocha le pompon de la réaction la plus surréaliste. Angèle ayant toujours été attirée par les strass et les paillettes, j’avais imaginé qu’annoncer ça à ma mère la rendrait la plus heureuse du monde. C’était sans compter sur sa capacité à doucher son enthousiasme. « Fashion ? Oui, je le lis chez le coiffeur mais ce n’est que de la publicité et du people. Avant, je le lisais mais maintenant, je trouve ça vraiment de mauvaise qualité. Mais qu’est-ce que tu vas faire dans cette galère ? ». Après un quart d’heure à entendre le même refrain, je raccrochai et fus tentée de jeter mon téléphone par la fenêtre mais je me ravisai. L’aigreur d’Angèle ne devait pas empêcher le reste de la planète de me joindre.
Anaïs et Enzo, par contre, étaient ivres de joie et encore plus excités que moi. Afin de préparer mon entretien, ils organisèrent une séance relookage. Pendant deux heures, ils me traînèrent de magasins à magasins, me faisant essayer une bonne cinquantaine de tenues différentes. J’eus la vague impression d’être la poupée grandeur nature de mes deux amis qui semblaient s’en donner à cœur joie
« Il faut du gris, annonça Anaïs, c’est la couleur de saison ! Un pantalon gros avec une blouse, ça serait super. Avec un petit sautoir.
- Mais y a pas de pantalons gris ! se désespéra Enzo.
- Mon Dieu, mais c’est quoi cette boutique qui ne fait pas de gris alors que c’est le hit du moment ? On s’en va ! ».
Si Anaïs ne travaillait pas dans la mode, elle se targuait néanmoins d’être une vraie fashionista, copiant-collant la mode exposée dans les magazines. Quand elle avait appris que j’allais, peut-être, travailler pour Fashion, elle avait manqué de s’évanouir « et tu auras accès aux ventes de presse ? Et tu assisteras aux shootings ? Et tu vas travailler avec Aurore Watremont, LA journaliste mode de référence ? Et tu me la présenteras ? ». Devant une telle frénésie, j’en venais presque à espérer que je n’aurais pas le poste. De son côté, Enzo semblait savourer son rôle de styliste, me faisant essayer des tenues des plus extravagantes. L’erreur fut sans doute de confier cette mission à deux personnes aux goûts si différents.
« Mais elle peut pas y aller comme ça, elle va à un entretien, pas au carnaval.
- Mais non, elle est parfaite ! Tu veux l’habiller comme une vulgaire secrétaire ! Comment tu veux qu’elle sorte du lot si on l’habille comme n’importe quelle nana ?
- Oui mais un revival Dalida, je te jure que c’est too much.
- Heu… je peux donner mon avis ? »
A force de jouer les poupées Barbie, je m’agaçai et congédiai mes deux amis pour finir par acheter une robe chasuble grise simple mais élégante. Du moment que j’étais bien dedans, c’était bien ce qui comptait.
Dans toute cette euphorie, seule mon amie Bénédicte, qui m’avait chapeautée durant mon stage de fin d’étude, gardait la tête froide.
« C’est bien que tu passes cet entretien mais ne commence pas à te monter la tête. Je sais ce que tu vaux, je sais que tu peux avoir ce poste mais ne mets pas la charrue avant les bœufs, c’est la meilleure façon de se planter. Tu sais, tu dois aborder cet entretien comme n’importe quel entretien. Fashion, vu de l’extérieur, c’est clinquant, c’est luxe. Mais finalement, à l’intérieur, les gens qui y travaillent sont comme toi et moi. Tu ne vaux pas moins qu’eux, garde toujours ça en tête. Je parie que tu t’es ruinée en fringues pour l’entretien.
- Heu…
- Si ça peut te donner un petit peu de confiance en plus, pourquoi pas. Mais quand tu seras là bas, tu verras que toutes ne s’habillent pas en Vanessa Bruno ou Isabelle Marrant. Non, il faut que tu gardes en tête ce que je te dis : les gens que tu rencontreras ne sont pas différents de toi. »
17:00 Publié dans Ceci est mon blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : entretien, fashion, s'habiller, stylisme, gris, mode, beauté
19.12.2006
Céleste Garnier, épisode 2
Comme toute célibataire, j’ai une vie sexuelle. Parfois amoureuse mais plus rarement. Car j’avais beau être maladroite, je me savais également charmante, avenante…et naïve. Des princes charmants, j’en avait rencontré des tas. Mais ma vie, c’est l’histoire de Cendrillon à l’envers : après minuit, les princes charmants redeviennent des gueux. Combien n’avaient jamais rappelé après une nuit torride ? Pourtant, nombre d’entre eux s’extasient sur mes qualités de maîtresse et me couvraient de compliments. Mais une fois partis, il devaient être victime d’un Alzheimer car ils oubliaient jusqu’à mon existence. A chaque fois que l’un d’entre eux me fait le coup du « je te rappelle » suivi d’un silence assourdissant, je maudis la terre entière, en général, et moi, en particulier. Que je suis donc stupide de croire encore au grand amour alors que je suis incapable de garder un homme plus de 24 heures. Dans mes grands accès de blues post coïtaux sans rappel, je ne cesse de m’imaginer si laide que les hommes ne couchaient avec moi que parce qu’ils savaient que je ne dirais pas non mais une fois l’affaire faite, ils partaient sans réclamer leur reste. Dans ces cas là, Enzo venait me remonter le moral en m’expliquant que les hommes préfèrent avoir dans leurs bras une belle femme, même si ce n’était que pour la nuit.
« Quand ils viennent, ils ne te demandent pas de faire l’amour dans le noir, si ? Alors tu penses vraiment que s’ils te trouvaient hideuse, ils seraient ravis de voir ta tronche à quelques centimètres d’eux ? »
Enzo manquait parfois de finesse mais il faisait toujours mouche. Il développait tout un tas de théories sur les hommes comme par exemple :
« Tu es trop belle pour eux. Ils s’en rendent bien compte et plutôt que d’angoisser à l’idée de te perdre, ils préfèrent partir d’eux-mêmes.
- Il a une copine et il ne te l’a pas dit.
- C’est un abruti qui n’a rien compris à la vie »
Ca ne me consolait pas toujours mais ça me faisait du bien de voir qu’il pouvait y avoir une explication. Mais malgré les nombreuses chutes, je replongeais à chaque fois, me persuadant qu’à un moment donné, l’homme dans mon lit serait le bon. Si Enzo m’encourageait dans mes multiples conquêtes, mon amie Anaïs essayait toujours de me tempérer.
« Il faut que tu les fasses patienter, un peu. Si tu cèdes de suite, il n’y a plus de jeu. Ils ne s’attachent qu’à la femme qui leur échappe ».
Certes mais je suis une passionnée spontanée. Une fois en présence de l’homme sur lequel j’ai jeté mon dévolu, je ne voyais pas l’intérêt de me réfréner. S’il me quittait le lendemain matin, ce n’était finalement qu’un gain de temps : un abruti pareil ne méritait pas que je gaspille plus d’une nuit avec lui. Ce qui ne m’empêche pas de maudire le goujat parti sans se retourner et noyer mon chagrin dans la glace ou des macarons, selon la saison.
On peut dire que je suis une femme du XXIe siècle comme il en existe tant. Une Briget Jones plus jeune et moins désespérée. Cette histoire aurait pu ne jamais voir le jour si ma vie n’avait pas basculé le 21 avril 2007, à 10h17, lorsque je reçus le mail qui allait tout changer. Je travaillais alors dans une agence de communication sans grande ambition. Ca payait mon loyer et ça remplissait le frigo mais, globalement, je m’ennuyais ferme. J’avais donc mollement prospecté à droite à gauche, postant des CV sur les sites de recrutement. Ce 21 avril, donc, voici ce que je reçus :
« De : Paul Angemont
Objet : Proposition d’embauche
Mademoiselle Garnier,
J’ai trouvé votre site sur jechercheunemploi.com et votre profil m’intéresse au plus haut point. En effet, je travaille chez Arsault, le grand groupe de presse, et nous recrutons actuellement des personnes pour renforcer notre équipe de communication interne pour le journal Fashion. Je souhaiterais donc savoir si vous étiez disponible pour un entretien.
Dans l’attente d’une réponse de votre part
Paul Angemont ».
D’abord, je crus à une blague. Après une pause aux toilettes pour reprendre mes esprits et quelques mails envoyés à mes amis pour leur demander leur avis, je me lançai.
« Bonjour Paul,
Je suis tout à fait disposée à vous rencontrer »
17:05 Publié dans Ceci est mon blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : céleste garnier, sexe, séduction, communication, groupe de presse, proposition d'emploi
12.12.2006
Céleste Garnier, version je, épisode 1
Chapitre 1
En France, on compte environ 12 millions de célibataires. Parmi eux, moi, Céleste Garnier, 27 ans. J’aime se définir comme une célibattante, le genre de fille « très heureuse » dans son célibat parce que ça lui permet de voir ses copines, de faire du shopping et d’avoir un nombre de partenaires sexuels annuel supérieur à 1. Mais en vérité, je me vis comme une céliloseuse qui passe ses soirées devant la télé à grignoter des Spécial K (en période de régime) ou des macarons Ladurée (en période de déprime) en me demandant ce qui peut bien clocher chez moi et pourquoi aucun homme ne veut faire sa vie avec moi. Evidemment, je vis à Paris, ville qui pullule certes de célibataires mais encore faut-il les trouver. C’est fou comme tous ces hommes libres ont tendance à ne pas se dresser sur ma route.
Comme tout célibataire qui se respecte, j’ai un ami homosexuel dont je suis secrètement amoureuse. J’ai beau savoir qu’il ne sera jamais à moi, je ne peux s’empêcher de le scruter à la dérobée en me disant qu’il est le compagnon qu’il me faut qu’on ferait de bien beaux enfants, tous les deux. D’ailleurs, je me suis promis de lui demander de me faire un petit si je n’en ai toujours pas à 30 ans. Bien sûr, comme toutes les promesses que je me fais à moi-même, je ne la tiendrai sans doute pas. Dans les films, c’est facile de demander à un homme de vous faire un bébé, même si celui-ci est gay mais en vrai, comment faire ? « Dis, j’ai 30 ans et pas d’enfants, on s’en fait un, entre amis ? ». Surtout que quitte à avoir un enfant de lui, j’aimerais qu’il soit fait par voie naturelle. Mais lui qui, au fait ? Enzo, 30 ans, d’origine italienne comme son nom l’indique, la peau dorée, le regard de braise, le sourire ultrabright dents blanches. Je me souviendrai toujours de notre première rencontre, un jour d’été, en Italie, justement. Avec une amie, nous avions décidé de jouer la carte du voyage culturel en dans un pays peuplé d’hommes beaux à tomber. Nous avions choisi Florence mais nous avions omis l’essentiel : l’été, il y fait très chaud. Un après-midi, j’étais sortie seule de notre chambre d’hôtel pour me promener un peu et j’avais rapidement terminé ma balade à la terrasse d’un café, à l’ombre. Soudain, j’avais repéré à la table voisine un homme fin, élégant, racé, sa beauté lui avait tout simplement coupé le souffle. Je crus même être victime un temps d’une insolation tant cette apparition me paraissait irréelle mais l’homme se tourna vers moi et me sourit. Avisant le plan de la ville, en français, que j’avais posé à côté de moi, il entama la conversation. J’étais sous le charme, je me voyais déjà en train de le présenter à ma mère, de raconter à mes copines la rencontre merveilleuse et parfaitement romantique que j’avais faite, je commençais déjà à me demander si on choisirait des prénoms italiens ou français pour nos enfants. Dans ma tête, tout était prévu sauf une chose. Quelques soirs plus tard, nous voilà partis en virée dans un bar festif et coloré, j’avais mis pour l’occasion ma petite robe noire qui affine la silhouette et souligne mon décolleté, j’étais tout à mes roucoulades et œillades torrides quand Enzo me désigna un homme au bout du bar
« Il est beau, non ?
- Ouais, pas mal mais j’ai vu mieux. »
Une façon de sous-entendre que le mieux, c’était lui.
« T’es difficile, regarde-le… Il a des fesses à croquer. Je me demande si je tente ma chance ou pas. Qu’est-ce que tu en penses ? »
La question me fit l’effet d’une douche froide : Ciel, l’homme parfait était gay ! Adieu histoire parfaitement romantique, présentation à maman et enfants aux prénoms italiens. Il me semblait entendre le déluge à l’extérieur, le tonnerre, la fin du monde. Mais non, ce n’était que mon imagination. A la fin de mon séjour, on s’échangea nos adresses mails. J’étais persuadée que notre correspondance allait rapidement s’arrêter mais 6 mois plus tard, Enzo arriva à Paris. Ce n’était pas vraiment pour me voir, il avait rencontré un petit Français sur Internet et il avait décidé de prendre l’avion pour vivre sa passion. Ou du moins pour assouvir ses bas instincts. Evidemment, l’histoire ne dura pas mais Enzo, amoureux de la capitale française, décida de rester.
Comme toute célibataire, j’ai un chat, baptisé Pile O’ Clock, fruit d’un délire avec Enzo. Un soir, après avoir consommé un joint, nous étions partis dans un charabia anglophone et lorsqu’il lui avait demandé l’heure, j’avais répondu niaisement « it’s pile o’ clock ». Hors contexte, la blague ne faisait rire que nous mais quand j’ai récupéré un chaton, j’ai décidé de le nommer ainsi en l’honneur de mon meilleur ami. Le chat était devenu une sorte de représentation de cet enfant au prénom italien que je m’étais imaginé élever mais qui ne verra sans doute jamais le jour. Pile O’Clock était le type même du mâle castré : ronchon, pantouflard, dormeur. S’il lui arrivait de réclamer des câlins, il voulait surtout pouvoir vivre sa vie pépère, sans être perturbé par la vie trépidante de sa maîtresse.
Comme toute célibataire, j’ai une mère, et c’est là que ça se complique. Enceinte, ma mère, Angèle Garnier avait de grands espoirs pour le fœtus qui grandissait dans son ventre. Sa fille serait star, c’était évident comme elle-même avait toujours rêvé de le devenir sans le pouvoir car ses parents l’avaient toujours poussé à faire des études puis à se marier. Une fois enceinte, ses rêves de gloire s’étaient évaporés. Pour réaliser la destinée de sa fille, elle lui avait choisi un prénom original, histoire qu’elle se démarque dès la maternité. Enfant et adolescente, j’ai donc suivi des cours de chant, de danse et de théâtre. Pour le chant, mon sort fut vite réglé : catastrophique. Pour le théâtre, j’ai toujours trouvé les exercices d’énonciation et l’apprentissage des textes pénibles donc le professeur avait, gentiment, suggéré à Angèle de me reprendre et de ne plus venir, plus jamais. Quant à la danse, si je ne manquais pas de grâce, j’étais handicapée par une maladresse naturelle qui désespérait mon enseignante, grande ballerine qui avait ouvert son école. Très gentiment, elle m’avait expliqué qu’une danseuse qui tombe n’avait aucun avenir. Depuis, je suis persuadée que je ne suis qu’une gourde falote, image difficile à assumer s’il en est. Surtout quand votre mère vous le rappelle à tout bout de champ. Suite à ces échecs, je me suis lancée dans l’écriture, art où je tirais plutôt mon épingle du jeu mais ma mère ne cessait de me fustiger, me mettant sous le nez mes posters de Patrick Bruel ou de Roch Voisine : « Si tu crois que ces hommes là s’intéressent aux femmes de lettres, tu te trompes, ma fille, ils aiment les femmes glamour comme des actrices ou des chanteuses ! ». Parce qu’Angèle ne se contentait pas de pousser sa fille à accomplir ses propres rêves de gloire, elle souhaitait aussi que celle-ci réalise ses fantasmes en épousant un homme riche, célèbre et séduisant. Quelques années plus tard, je découpai un article concernant la romance de Patrick Bruel et Amanda Sthers, écrivaine, dramaturge, scénariste et même parolière, et l’envoyai à ma mère. Et toc ! Mais Angèle ne me lâchait pas : elle avait compris que je ne serais jamais une célèbre artiste mais ce n’était pas une raison pour ne pas faire un beau mariage. Un homme riche et célibataire, ce n’est pas si dur à trouver. Il n’avait même pas besoin d’être beau ou intelligent, sa richesse suffisait à en faire un gendre idéal.
12:20 Publié dans Ceci est mon blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman, littérature girlie, florence, gay, amours, patrick bruel




