06.06.2008

Sexe, romance et best sellers de Nina Killham

Ca faisait longtemps que je n’avais pas parlé littérature girlie et pour cause, je m’étais éloignée de ces rivages. Mais est-ce le retour des beaux jours qui me font penser aux vacances ? Ah non, c’est vrai, il fait vraiment un temps pourri. MAP m’ayant prêté deux romans girlie, me voici revenue dans la littérature pour filles.

278940.jpg



Normalement, un livre dont le titre commence par sexe et…, ça ne me rassure pas trop : ça fait je ne sais combien de livres qui utilisent le même procédé et ça fait un peu « on a tout misé sur le titre parce que le reste… ». Et bien là, le reste est finalement pas si mal. Petit résumé : Jack est un écrivain de littérature Harlequin, il écrit des histoires d’amour et de sexe sous le pseudo de Celeste d’Arcy. Sexuellement bloqué, il cherche le grand amour et refuse les histoires d’une nuit. Il est entouré de sa sœur Kate qui a perdu sa libido et fait tout pour la retrouver, sa mère Rita, obsédée sexuelle du 3e âge et Leda, sa nièce de 14 ans embarquée par ses copines dans un concours de pipe. Oui, la pipe sexuelle, pas la pipe à fumer. Bref, on a là la famille névrosée de la fesse. C’est dans ce joyeux contexte qu’arrive Molly, très très branchée cul, qui se fait virer de son boulot pour avoir eu des relations sexuelles avec un collaborateur qui l’a accusée de vouloir bloquer sa carrière. Comme c’est une amie de Kate, devinez chez qui elle va squatter en attendant de retrouver du boulot ? Ben chez Jack bien sûr. Bon, évidemment, ça va troubler notre père la vertu alors même que celui-ci entame une relation avec l’hypra psychorigide Heather.

Bon, on ne peut pas dire que la fin soit bien surprenante mais le déroulé l’est un peu plus. Déjà, Molly n’est pas précisément un canon ni Jack un beau gosse ultime. Nina Killham nous rappelle régulièrement que Molly a de grosses cuisses et du ventre, what a shame ! Elle a même les cheveux courts mais à un moment, elle se les attache donc il semble qu’ils aient soudain poussé, je ne sais pas... Ce qui est assez amusant, c’est la corde raide sur laquelle marche Nina Killham durant tout le roman : celui-ci se passant dans le milieu de l’édition de romans à l’eau de rose, elle s’amuse à en critiquer les principaux traits, notamment le côté héroïne indépendante qui se soumet dès que le monsieur lui déchire sa robe, vu que le premier coït est souvent brutal, violent, limité forcé. Parce qu’une fille bien doit un peu résister quand même. Sauf que se moquer c’est bien mais faut voir à ne pas tomber dans les mêmes travers. Du coup, on a droit à des scènes assez hallucinantes qui n’apportent strictement rien à l’histoire. D’ailleurs à un moment, elle balance une amnésie de Jack, on croit que ça va amener un vrai tournant à l’histoire mais il retrouve sa mémoire au bout de 2 pages. Et là, je me dis qu’elle nous a un peu mis l’eau à la bouche pour nous décevoir juste derrière.

Quoi qu’il en soit, des romans girlie que j’ai lu, celui là tient quand même le haut du pavé : l’héroïne n’est pas gonflante (sans doute parce qu’on n’est que très rarement dans sa tête), les personnages sont caricaturaux, certes, mais suffisamment névrosé pour que ça soit supportable, la fin est prévisible mais plusieurs fois dans le roman, on se demande bien comment on va y arriver.

En un mot : si vous voulez du girlie pour la plage cet été, achetez celui-ci en priorité.

19.03.2008

Les grandes bourgeoises

Allez, j’ai avalé un peu de littérature girlie pour vous, ça faisait longtemps. J’ai même essayé de regarder Crossroads en entier dimanche soir, ça passait sur je sais plus quelle chaîne mais j’ai fini par zapper sur les Experts. Mon abnégation a des limites quand même.

1000762959.jpg



Mais revenons en à l’essence même de cet article : les grandes bourgeoises, livre écrit par Emmanuelle de Boysson. L’histoire : une bague en émeraude passe entre les mains de 6 femmes de la haute bourgeoisie parisienne. On reconnaît bien la femme bourgeoise, par définition épouse et désoeuvrée qui oublie son ennui et son inutilité sociale dans le bras d’amants qui n’en ont rien à faire, leur rôle de mère et dans des activités professionnelles « annexes ». Elles sont artistes ou philanthrope, c’est selon.

Bon, ce petit roman ne casse pas des briques mais pour une fois, je vais pas dire que c’est merdique non plus. Oui, c’est de la bourgeoise grand cliché mais c’est le principe même du livre satirique, même si je sais pas s’il doit se présenter comme ça. Oui, tout ça n’est pas nouveau, Emmanuelle de Boysson n’invente rien mais pour ma part, je lui prête deux qualités : avoir trouvé un angle d’attaque assez original (la bague qui passe de main en main) et ne cherche pas à nous imposer un style original et illisible à la Tania de Montaigne. On se prend même à ne pas lâcher le bouquin pour savoir comment la bague va être perdue et même si on se doute de la future demoiselle à la posséder, créer un peu de suspense dans un roman girlie, c’est pas si mal. Mais au final, on retient plus l’histoire de la bague que l’histoire des demoiselles elles-même, je les confondais un peu. Par manque d’attention ? Peut-être.

Pour le reste, si finalement, il n’y a pas le côté quête du prince charmant, on retrouve un côté « j’aime pas les autres filles » tout au long du roman : aucune ne supporte les autres mais elles s’invitent à dîner quand même. Si la bourgeoisie parisienne ressemble vraiment à ça, je vais rester prolétaire, moi.

31.01.2008

Blonde attitude ou tous les livres girlie ne sont pas bons

J’avais promis une critique acide d’un roman girlie, je tiens mes promesses des fois. Comme je suis une fille hypra sérieuse des fois, j’ai acheté plusieurs romans girlie pour pouvoir faire de Clémence un modèle du genre. Bon, pour le moment, je l’écris plus mais vu que des gens l’ont réclamé (enfin, une personne), je m’y attellerai plus tard et le mettrai sur un autre blog.

c75777371badadd7f5a60c4e4d35707b.jpg



Donc en allant à la FNAC l’autre jour, dans un grand délire d’achat compulsif pour changer, j’ai acheté plusieurs romans girlie donc le Blonde attitude de Plum Sykes. Bon, déjà, une fille qui s’appelle Plum, elle n’avait pas trop le choix de son destin : soit elle écrivait des romans pour filles, soit elle faisait Paris Hilton. Mais c’est pas très sport de ma part de me moquer de cette pauvre Plum, surtout que s’il le faut, c’est son nom d’artiste, elle a trouvé ça trop bath. Passons au roman.

C’est l’histoire d’une fille qui n’est pas blonde et je me souviens même pas de son nom. Elle est New Yorkaise et vaguement journaliste. Oui, je sais, ça fait très Carrie Bradshaw spirit parce que bon, notre héroïne, elle est plus occupée à courir après les hommes qu’à écrire des articles (elle en a écrit un en 300 pages de roman). Notre amie a une meilleure amie très blonde et très riche qui s’appellerait Paris Hilton en vrai que ça m’étonnerait pas. Mais une Paris sympa. De là à déduire que notre héroïne qui n’est pas blonde et qui est anorexique s’appellerait en fait Nicole Richie… Mais non, la fille, elle a la classe, normalement et Nicole… Ben Nicole, elle l’a pas. Pas plus que Paris.

Bon bref. Donc notre héroïne, elle passe des bras d’un homme à un autre, cumulant les connards comme d’autres les Manolo Blink. Alors elle est malheureuse, oh oui, ce sont vraiment tous de vilains goujats. Mais on est rassurée sur son sort dès la page 50, à peu près, quand elle rencontre Charlie, un réalisateur « mignon ». Donc dès la page 50, on devine la fin du roman, retardée par l’arrivée de fiancés globalement transparents et sans personnalité surtout définis par leur position sociale. Déjà, on a des prénoms, c’est pas si mal.

En fait, notre héroïne est obsédée par le Brésil. Par le Brésil, je veux dire son sexe, épilé à la brésilienne. Du coup, Plum nous gave de métaphores « on est allés faire un tour à Rio », « on a visité le Brésil ». La première fois, je me suis dit que j’allais réutiliser la formule. A la fin, je me suis jurée de ne jamais, jamais associer mon petit minou au Brésil ou à un quelconque pays. Les métaphores sexuelles, c’est génial d’en avoir mais d’en abuser, ça épuise totalement le concept. Parce que notre héroïne, elle est incapable de parler sexe sans parler du Brésil, on en finirait presque par se demander si elle est pas un peu transsexuelle sur les bords. Elle peut pas juste dire « on a fait l’amour comme des fous toute la nuit et il fait les meilleurs cunnilingus de l’univers » au lieu du pudique (et à force ridicule) : « hihi, il connaît bien le Brésil ! ». Surtout que moi, j’ai connu des hommes qui connaissaient très bien le Brésil mais qui n’ont rien compris à mon Brésil, ça peut être trompeur !

En fait, cette histoire de Brésil, c’est à peu près tout ce que j’ai retenu vu que les personnages n’ont aucune psychologie et l’histoire tellement prévisible qu’on n’accroche pas. Plum semble plus écrire « la vie rêvée de Plum Sykes » qu’un réel roman. Seul passage que j’ai bien aimé, c’est le suicide raté de notre héroïne, assez amusant. Et c’est tout.

Bon, là, je fais un peu une pause dans ma lecture de romans girlie car en vrai, je ne lis pas que ça mais si je vous parlais d’un essai de géopolitique ou d’un roman un peu plus profond, vous penseriez vous être trompé de blog. Mais promis, le prochain que je lis, je vous le raconte aussi.

 

PS : En fait, je suis pas sûre d'avoir connu des hommes qui m'aient parlé du Brésil (le pays) un jour... 

12.12.2007

Céleste Garnier, épisode 1

Et voilà le début des aventures de Céleste. Maintenant, le but du truc est le suivant : il faut être indulgent avec moi vu que c'est ma première tentative du genre mais pas lénifiant non plus. Si ça vous plaît pas, dites le gen-ti-ment. Parce que je suis une petite chose sensible, fragile, susceptible et caractérielle, aussi. A noter aussi que ce n'est pas une autofiction, j'adore ma mère.

Chapitre 1


En France, on compte environ 12 millions de célibataires. Parmi eux, Céleste Garnier, 27 ans. Elle aime se définir comme une célibattante, le genre de fille « très heureuse » dans son célibat parce que ça lui permet de voir ses copines, de faire du shopping et d’avoir un nombre de partenaires sexuels annuel supérieur à 1. Mais en vérité, Céleste se vit comme une céliloseuse qui passe ses soirées devant la télé à grignoter des Spécial K (en période de régime) ou des macarons Ladurée (en période de déprime) en se demandant ce qui peut bien clocher chez elle et pourquoi aucun homme ne veut faire sa vie avec elle. Evidemment, elle vit à Paris, ville qui pullule certes de célibataires mais encore faut-il les trouver. C’est fou comme tous ces hommes libres ont tendance à ne pas se dresser sur sa route.

Comme tout célibataire qui se respecte, Céleste a un ami homosexuel dont elle est secrètement amoureuse. Elle a beau savoir qu’il ne sera jamais à elle, elle ne peut s’empêcher de le scruter à la dérobée en se disant qu’il est le compagnon qu’il lui faut qu’ils feraient de bien beaux enfants ensemble. D’ailleurs, elle s’est promis de lui demander de lui faire un petit si elle n’en avait toujours pas à 30 ans. Bien sûr, comme toutes les promesses qu’elle se fait à elle-même, elle ne la tiendra sans doute pas. Dans les films, c’est facile de demander à un homme de vous faire un bébé, même si celui-ci est gay mais en vrai, comment faire ? « Dis, j’ai 30 ans et pas d’enfants, on s’en fait un, entre amis ? ». Surtout que quitte à avoir un enfant de lui, elle aimerait qu’il soit fait par voie naturelle. Mais lui qui, au fait ? Enzo, 30 ans, d’origine italienne comme son nom l’indique, la peau dorée, le regard de braise, le sourire ultrabright dents blanches. Elle se souvint très bien de leur première rencontre, un jour d’été, en Italie, justement. Avec une amie, elles avaient décidé de jouer la carte du voyage culturel en dans un pays peuplé d’hommes beaux à tomber. Elles avaient choisi Florence mais elles avaient omis l’essentiel : l’été, il y fait très chaud. Un après-midi, Céleste était sortie seule de leur chambre d’hôtel pour se promener un peu et avait rapidement terminé sa balade à la terrasse d’un café à l’ombre. Soudain, elle avait repéré à la table voisine un homme fin, élégant, racé, sa beauté lui avait tout simplement coupé le souffle. Elle pensa même être victime un temps d’une insolation tant cette apparition lui paraissait irréelle mais l’homme se tourna vers elle et lui sourit. Avisant le plan de la ville, en français, qu’elle avait posé à côté d’elle, il entama la conversation. Elle était sous le charme, elle se voyait déjà en train de le présenter à sa mère, de raconter à ses copines la rencontre merveilleuse et parfaitement romantique qu’elle avait faite, elle commençait déjà à se demander s’ils choisiraient des prénoms italiens ou français pour leurs enfants. Dans sa tête, tout était prévu sauf une chose. Quelques soirs plus tard, les voilà partis en virée dans un bar festif et coloré, elle avait mis pour l’occasion sa petite robe noire qui affine la silhouette et souligne son décolleté, elle était tout à ses roucoulades et œillades torrides quand Enzo lui désigna un homme au bout du bar
« Il est beau, non ?
- Ouais, pas mal mais j’ai vu mieux. »
Une façon de sous-entendre que le mieux, c’était lui.
« T’es difficile, regarde-le… Il a des fesses à croquer. Je me demande si je tente ma chance ou pas. Qu’est-ce que tu en penses ? »
La question lui fit l’effet d’une douche froide : Ciel, l’homme parfait était gay ! Adieu histoire parfaitement romantique, présentation à maman et enfants aux prénoms italiens. Il lui semblait entendre le déluge à l’extérieur, le tonnerre, la fin du monde. Mais non, ce n’était que son imagination. A la fin de son séjour, ils s’échangèrent leurs adresses mails. Céleste était persuadée que leur correspondance allait rapidement s’arrêter mais 6 mois plus tard, Enzo arriva à Paris. Ce n’étais pas vraiment pour voir Céleste, il avait rencontré un petit Français sur Internet et il avait décidé de prendre l’avion pour vivre sa passion. Ou du moins pour assouvir ses bas instincts. Evidemment, l’histoire ne dura pas mais Enzo, amoureux de la capitale française, décida de rester.

Comme toute célibataire, Céleste a un chat, baptisé Pile O’ Clock, fruit d’un délire avec Enzo. Un soir, après avoir consommé un joint, ils étaient partis dans un charabia anglophone et lorsqu’il lui avait demandé l’heure, elle avait répondu niaisement « it’s pile o’ clock ». Hors contexte, la blague ne faisait rire qu’eux mais quand elle avait récupérer un chaton, elle avait décidé de le nommer ainsi en l’honneur de son meilleur ami. Le chat était devenu une sorte de représentation de cet enfant au prénom italien qu’elle s’était imaginé élever mais qui ne verra sans doute jamais le jour. Pile O’Clock était le type même du mâle castré : ronchon, pantouflard, dormeur. S’il lui arrivait de réclamer des câlins, il voulait surtout pouvoir vivre sa vie pépère, sans être perturbé par la vie trépidante de sa maîtresse.

Comme toute célibataire, Céleste a une mère, et c’est là que ça se complique. Enceinte, Angèle Garnier avait de grands espoirs pour le fœtus qui grandissait dans son ventre. Sa fille serait star, c’était évident comme elle-même avait toujours rêvé de le devenir sans le pouvoir car ses parents l’avaient toujours poussé à faire des études puis à se marier . Une fois enceinte, ses rêves de gloire s’étaient évaporés. Pour réaliser la destinée de sa fille, elle lui avait choisi un prénom original, histoire qu’elle se démarque dès la maternité. Enfant et adolescente, Céleste suivit donc des cours de chant, de danse et de théâtre. Pour le chant, son sort fut vite réglé : catastrophique. Pour le théâtre, elle avait toujours trouvé les exercices d’énonciation et l’apprentissage des textes pénibles donc le professeur avait, gentiment, suggéré à Angèle de reprendre sa fille et de ne plus venir, plus jamais. Quant à la danse, si elle ne manquait pas de grâce, elle était handicapée par une maladresse naturelle qui désespérait son enseignante, grande ballerine qui avait ouvert son école. Très gentiment, elle lui avait expliqué qu’une danseuse qui tombe n’avait aucun avenir. Depuis, Céleste était persuadée qu’elle n’était qu’une gourde falote, image difficile à assumer s’il en est. Surtout quand votre mère vous le rappelle à tout bout de champ. Suite à ces échecs, Céleste s’était lancée dans l’écriture, art où elle tirait plutôt son épingle du jeu mais sa mère ne cessait de la fustiger, lui mettant sous le nez ses posters de Patrick Bruel ou de Roch Voisine : « Si tu crois que ces hommes là s’intéressent aux femmes de lettres, tu te trompes, ma fille, ils aiment les femmes glamour comme des actrices ou des chanteuses ! ». Parce qu’Angèle ne se contentait pas de pousser sa fille à accomplir ses propres rêves de gloire, elle souhaitait aussi que celle-ci réalise ses fantasmes en épousant un homme riche, célèbre et séduisant. Quelques années plus tard, Céleste découpa un article concernant la romance de Patrick Bruel et Amanda Sthers, écrivaine, dramaturge, scénariste et même parolière, et l’envoya à sa mère. Et toc. Mais Angèle ne lâchait pas sa fille : elle avait compris qu’elle ne serait ni célèbre artiste mais ce n’était pas une raison pour ne pas faire un beau mariage. Un homme riche et célibataire, ce n’est pas si dur à trouver. Il n’avait même pas besoin d’être beau ou intelligent, sa richesse suffisait à en faire un gendre idéal.

Episode suivant 

EDIT : Vous pouvez lire cette histoire en version "je" (c'est à dire première personne du singulier) en cliquant ici ! N'hésitez pas à me dire quelle version vous préférez. 

12.12.2006

Céleste Garnier, version je, épisode 1

Chapitre 1

En France, on compte environ 12 millions de célibataires. Parmi eux, moi, Céleste Garnier, 27 ans. J’aime se définir comme une célibattante, le genre de fille « très heureuse » dans son célibat parce que ça lui permet de voir ses copines, de faire du shopping et d’avoir un nombre de partenaires sexuels annuel supérieur à 1. Mais en vérité, je me vis comme une céliloseuse qui passe ses soirées devant la télé à grignoter des Spécial K (en période de régime) ou des macarons Ladurée (en période de déprime) en me demandant ce qui peut bien clocher chez moi et pourquoi aucun homme ne veut faire sa vie avec moi. Evidemment, je vis à Paris, ville qui pullule certes de célibataires mais encore faut-il les trouver. C’est fou comme tous ces hommes libres ont tendance à ne pas se dresser sur ma route.

Comme tout célibataire qui se respecte, j’ai un ami homosexuel dont je suis secrètement amoureuse. J’ai beau savoir qu’il ne sera jamais à moi, je ne peux s’empêcher de le scruter à la dérobée en me disant qu’il est le compagnon qu’il me faut qu’on ferait de bien beaux enfants, tous les deux. D’ailleurs, je me suis promis de lui demander de me faire un petit si je n’en ai toujours pas à 30 ans. Bien sûr, comme toutes les promesses que je me fais à moi-même, je ne la tiendrai sans doute pas. Dans les films, c’est facile de demander à un homme de vous faire un bébé, même si celui-ci est gay mais en vrai, comment faire ? « Dis, j’ai 30 ans et pas d’enfants, on s’en fait un, entre amis ? ». Surtout que quitte à avoir un enfant de lui, j’aimerais qu’il soit fait par voie naturelle. Mais lui qui, au fait ? Enzo, 30 ans, d’origine italienne comme son nom l’indique, la peau dorée, le regard de braise, le sourire ultrabright dents blanches. Je me souviendrai toujours de notre première rencontre, un jour d’été, en Italie, justement. Avec une amie, nous avions décidé de jouer la carte du voyage culturel en dans un pays peuplé d’hommes beaux à tomber. Nous avions choisi Florence mais nous avions omis l’essentiel : l’été, il y fait très chaud. Un après-midi, j’étais sortie seule de notre chambre d’hôtel pour me promener un peu et j’avais rapidement terminé ma balade à la terrasse d’un café, à l’ombre. Soudain, j’avais repéré à la table voisine un homme fin, élégant, racé, sa beauté lui avait tout simplement coupé le souffle. Je crus même être victime un temps d’une insolation tant cette apparition me paraissait irréelle mais l’homme se tourna vers moi et me sourit. Avisant le plan de la ville, en français, que j’avais posé à côté de moi, il entama la conversation. J’étais sous le charme, je me voyais déjà en train de le présenter à ma mère, de raconter à mes copines la rencontre merveilleuse et parfaitement romantique que j’avais faite, je commençais déjà à me demander si on choisirait des prénoms italiens ou français pour nos enfants. Dans ma tête, tout était prévu sauf une chose. Quelques soirs plus tard, nous voilà partis en virée dans un bar festif et coloré, j’avais mis pour l’occasion ma petite robe noire qui affine la silhouette et souligne mon décolleté, j’étais tout à mes roucoulades et œillades torrides quand Enzo me désigna un homme au bout du bar
« Il est beau, non ?
- Ouais, pas mal mais j’ai vu mieux. »
Une façon de sous-entendre que le mieux, c’était lui.
« T’es difficile, regarde-le… Il a des fesses à croquer. Je me demande si je tente ma chance ou pas. Qu’est-ce que tu en penses ? »
La question me fit l’effet d’une douche froide : Ciel, l’homme parfait était gay ! Adieu histoire parfaitement romantique, présentation à maman et enfants aux prénoms italiens. Il me semblait entendre le déluge à l’extérieur, le tonnerre, la fin du monde. Mais non, ce n’était que mon imagination. A la fin de mon séjour, on s’échangea nos adresses mails. J’étais persuadée que notre correspondance allait rapidement s’arrêter mais 6 mois plus tard, Enzo arriva à Paris. Ce n’était pas vraiment pour me voir, il avait rencontré un petit Français sur Internet et il avait décidé de prendre l’avion pour vivre sa passion. Ou du moins pour assouvir ses bas instincts. Evidemment, l’histoire ne dura pas mais Enzo, amoureux de la capitale française, décida de rester.

Comme toute célibataire, j’ai un chat, baptisé Pile O’ Clock, fruit d’un délire avec Enzo. Un soir, après avoir consommé un joint, nous étions partis dans un charabia anglophone et lorsqu’il lui avait demandé l’heure, j’avais répondu niaisement « it’s pile o’ clock ». Hors contexte, la blague ne faisait rire que nous mais quand j’ai récupéré un chaton, j’ai décidé de le nommer ainsi en l’honneur de mon meilleur ami. Le chat était devenu une sorte de représentation de cet enfant au prénom italien que je m’étais imaginé élever mais qui ne verra sans doute jamais le jour. Pile O’Clock était le type même du mâle castré : ronchon, pantouflard, dormeur. S’il lui arrivait de réclamer des câlins, il voulait surtout pouvoir vivre sa vie pépère, sans être perturbé par la vie trépidante de sa maîtresse.

Comme toute célibataire, j’ai une mère, et c’est là que ça se complique. Enceinte, ma mère, Angèle Garnier avait de grands espoirs pour le fœtus qui grandissait dans son ventre. Sa fille serait star, c’était évident comme elle-même avait toujours rêvé de le devenir sans le pouvoir car ses parents l’avaient toujours poussé à faire des études puis à se marier. Une fois enceinte, ses rêves de gloire s’étaient évaporés. Pour réaliser la destinée de sa fille, elle lui avait choisi un prénom original, histoire qu’elle se démarque dès la maternité. Enfant et adolescente, j’ai donc suivi des cours de chant, de danse et de théâtre. Pour le chant, mon sort fut vite réglé : catastrophique. Pour le théâtre, j’ai  toujours trouvé les exercices d’énonciation et l’apprentissage des textes pénibles donc le professeur avait, gentiment, suggéré à Angèle de me reprendre et de ne plus venir, plus jamais. Quant à la danse, si je ne manquais pas de grâce, j’étais handicapée par une maladresse naturelle qui désespérait mon enseignante, grande ballerine qui avait ouvert son école. Très gentiment, elle m’avait expliqué qu’une danseuse qui tombe n’avait aucun avenir. Depuis, je suis  persuadée que je ne suis qu’une gourde falote, image difficile à assumer s’il en est. Surtout quand votre mère vous le rappelle à tout bout de champ. Suite à ces échecs, je me suis lancée dans l’écriture, art où je tirais plutôt mon épingle du jeu mais ma mère ne cessait de me fustiger, me mettant sous le nez mes posters de Patrick Bruel ou de Roch Voisine : « Si tu crois que ces hommes là s’intéressent aux femmes de lettres, tu te trompes, ma fille, ils aiment les femmes glamour comme des actrices ou des chanteuses ! ». Parce qu’Angèle ne se contentait pas de pousser sa fille à accomplir ses propres rêves de gloire, elle souhaitait aussi que celle-ci réalise ses fantasmes en épousant un homme riche, célèbre et séduisant. Quelques années plus tard, je découpai un article concernant la romance de Patrick Bruel et Amanda Sthers, écrivaine, dramaturge, scénariste et même parolière, et l’envoyai à ma mère. Et toc ! Mais Angèle ne me lâchait pas : elle avait compris que je ne serais jamais une célèbre artiste mais ce n’était pas une raison pour ne pas faire un beau mariage. Un homme riche et célibataire, ce n’est pas si dur à trouver. Il n’avait même pas besoin d’être beau ou intelligent, sa richesse suffisait à en faire un gendre idéal.

Version "elle" 

Episode suivant