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02.01.2008

Céleste Garnier, épisode 4

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Veille de l’entretien. Elle avait pris son rendez-vous avec Paul tôt le matin ainsi, elle pourrait ensuite se rendre à son bureau sans trop attirer l’attention. Elle préférait ne rien dire pour le moment pour éviter les indélicatesses : si elle obtenait l’emploi, il serait toujours temps d’annoncer sa démission. Mais si elle échouait à l’entretien, il lui paraissait risqué de montrer à ses employeurs qu’elle comptait bien aller voir ailleurs à la première occasion. Elle vivait ses emplois comme autant d’histoires d’amour et préférait ménager tout le monde. Un homme qu’on trompe ouvertement n’apprécierait sans doute pas. Un employeur non plus. Le tout était de ne pas trop bien présenter pour ne pas attirer l’attention de ses collègues actuels.

Pourtant, elle se prépara dans les détails car travailler dans un magazine qui parlait essentiellement de beauté et de mode devait rendre sensible à certaines choses. Elle se lava avec grand soin, multipliant les masques pour le visage et pour les cheveux, enduisant sa peau d’huile précieuse qui la rend douce, soyeuse et délicatement parfumée. Elle se doutait bien que Paul n’irait pas toucher son épiderme mais elle préférait soigner les détails. Elle se fit également une petite manucure maison étalant une couche rose irisée sur ses ongles parfaitement coupés et limés. Enfin, avant de s’endormir, elle posa sur ses yeux des cotons figurant des rondelles de concombre pour gommer ses cernes.
 
Le lendemain matin, elle se leva plus tôt pour avoir le temps de se préparer. Elle choisit avec soin ses plus beaux dessous. Elle ne comptait pas offrir un strip tease torride à ce Paul avec qui elle avait rendez-vous mais elle préférait ne négliger aucun détail. Il fallait éviter les soutien gorge trop petits qui martyrisent la poitrine, les baleines qui mordent la peau ou les strings qui rentrent de façon trop outrageuse dans les fesses. De la même façon, elle choisit avec soin une paire de bas. Il faut être une femme pour comprendre le calvaire des bas, mi bas et collants. Chacun présentait des désavantages certains : les collants n’arrivaient jamais à la bonne hauteur, faisant soit une marque atroce au niveau des hanches ou remontait quasiment jusque sous les seins. Sans parler de la maladresse naturelle des hommes avec ce genre de choses, ils n’arrivent jamais à l’enlever. Les mi-bas, quant à eux, cassent la silhouette en arrivant pile au milieu de la jambe et, en général, laissent une belle trace rouge au niveau de l’élastique, ce qui fait son petit effet lors d’un déshabillage en galante compagnie. L’idéal semblait être les bras : arrivant à mi cuisse, ils ne laissent aucune trace ni sur la peau, ni sous le pantalon. Mais, car il y a un mais, il arrive parfois qu’ils ne tiennent pas et dégringolent jusqu’à tire-bouchonner autour de la cheville. Céleste avait connu ce problème quelque fois : alors qu’elle marchait façon femme conquérante, elle sentait le bas glisser lentement mais inexorablement le long de sa cuisse et continuer leur chute jusqu’en bas. Toujours un jour où elle était en pantalon permettant de voir ses chevilles. Et il est très difficile de remonter un bas dans les couloirs du métro ou dans la rue en toute discrétion. Mais pour cet entretien, elle préférait tout de même cette dernière solution, elle en avait acheté exprès pour éviter les mailles filées. Elle était toujours impressionnée par la fragilité de ces petites choses : un ongle mal limé et le bas était bon à jeter. Mais avant d’enfiler ses vêtements, elle badigeonna ses aisselles de déodorant anti transpirant et recouvrit son corps d’un voile d’huile précieuse de Nuxe.

Sa tenue enfilée, restait l’étape du maquillage. Il fallait bien sûr jouer la carte de la sobriété et de l’élégance mais quand on n’est pas maquilleuse professionnelle, le faux pas est vite franchi. Donc elle préféra se maquiller comme à son habitude, mascara, eyes liner, far à paupière, fond de teint mais point trop n’en faut et elle rajoutait une touche de gloss sur ses lèvres. Habillée, maquillée… Ne restait plus que le plus difficile : passer cet entretien.

Le siège social de Fashion n’était pas bien loin de chez elle, une quinzaine de minutes en métro mais ce court trajet lui laissa amplement le temps d’angoisser. A peine arrivée sur le quai, elle commença à regarder frénétiquement sa montre, maudissant le métro qui n’avait pas daigné arriver en même temps qu’elle dans la station. Et s’il était en panne ? Et si un voyageur faisait un malaise ? Et si un autre oubliait son sac, déclenchant le branle bas de combat des fois que ce serait une bombe ? Finalement, rien d’exceptionnel ne se produisit et elle fut à son rendez-vous à l’heure. On l’invita à patienter dans une salle d’attente très cosy où elle trouva plusieurs numéros de Fashion ainsi que d’autres revues du groupe de presse auquel il appartenait. Elle s’empressa de feuilleter le dernier Fashion afin d’étudier une nouvelle fois son contenu. Bien entendu, dès qu’elle avait convenu d’un rendez-vous avec Paul, elle avait acheté plusieurs numéros du magazine histoire de savoir pour qui elle allait travailler mais le parcourir une dernière fois ne lui ferait pas de mal. Elle traîna sur les pages mode, se demandant si son nouveau travail lui permettrait de s’habiller avec ces vêtements hors de prix. Tellement hors de prix, d’ailleurs, que le magazine n’avait pas la vulgarité de les afficher. Une robe John Galliano, on sait que c’est cher, inutile de mettre un chiffre dessus en plus. Elle avait lu Le diable s’habille en Prada et même si la patronne tyrannique de la pauvre héroïne était imbuvable, Céleste n’avait pu s’empêcher d’envier le côté « garde robe de rêve à volonté ». Elle n’était pas forcément accro à la mode mais si on lui donnait des tas de fringues Prada gratuitement, elle les accepterait avec joie. Même si, pour rentrer dans du 36, il allait falloir suivre un régime drastique mais au moins, pour une fois, elle serait motivée.

Alors qu’elle était en train de rêver de sa future garde robe à faire baver n’importe quelle fashionista de base et particulièrement Anaïs, une femme d’apparence sèche entra dans la pièce. « Céleste Garnier ? ». Elle se leva précipitamment, saisissant son sac et tendant de façon un peu brutale sa main pour saluer la nouvelle venue
« Oui, c’est moi !
- Bonjour, je suis Hélène Laforêt, veuillez me suivre. »
Docile, Céleste la suivit dans un méandre de couloirs, passant devant une dizaine de bureaux se ressemblant tous. Jamais elle ne parviendrait à revenir à l’accueil seule, elle en était persuadée. Hélène ne lui adressa pas un mot avant d’arriver dans une petite pièce grise meublée uniquement d’une table ronde et de deux chaises, posées face à face. « Asseyez-vous ». Elle se débarrassa de son manteau qu’elle posa sur sa chaise, prenant soin de ne pas le laisser traîner par terre, attrapa un carnet et un stylo dans son sac, sortit une chemise débordant de dossiers de presse et autres rédigés par ses soins. Au bout de deux minutes d’installation, elle était prête à attaquer l’entretien. Hélène la scrutait d’un air impatient mais elle fit comme si elle n’avait rien vu.

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